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Extraits - Jean Cocteau

édition du 11 décembre 2003

 

Couverture du livre  La Machine infernale , Dessin de Jean Cocteau.

La Machine infernale

Beaucoup d’hommes naissent aveugles, et ils ne s’en aperçoivent que le jour où une bonne vérité leur crève les yeux. (Éd. livre de Poche (1992) Coll.Litterature 154 p.)


Lettre à Francis Poulenc avec dessin (Stravinsky et Nijinsky répétant au piano Le Sacre du Printemps), 22 septembre 1912 © BnF, département de la Musique, fonds Francis Poulenc.

Mon cher Poupoule,

Je pense à toi et si je ne t’écris pas davantage c’est que je travaille beaucoup. Donc tu me pardonnes. En face de moi, Radiguet écrit un livre prodigieux et derrière lui Auric avec une grande barbe rousse - compose son mystérieux ballet. Mais s’il cache le thème et le rythme la musique éclate. C’est une vraie surprise. Imagine les Chadelles Romaines en 100 fois mieux. Un brio et un style qui ne se démentent pas une seconde (...)


Lettre avec dessin envoyée au Piquey à sa mère, 1917 (BHVP)

Les circonstances te permettraient de me suivre je passerais toute ma vie dans ce décor. L’hiver très doux à cause de la dune qui protège. Les villes me blessent - me séduisent - me contaminent - rien à faire lorsque je m’y trouve. Tout de même je tenterais à Paris de poursuivre mon régime d’exercices et de nuits longues. (...)


Journal d’un inconnu, Grasset, Les Cahiers Rouges. Page 215.

Lettre Finale

Mon cher Bertrand, (...) Tout brûle et se consume. La vie résulte d’une combustion. L’homme a inventé de brûler en laissant derrière lui de belles cendres. Il y en a qui restent chaudes. C’est par elles que le passé se montre sous forme de présence. Qu’il se découvre sous son angle véritable. Car ces cendres (ou ?uvres) relèvent d’une essence humaine imperceptible et insoumise à nos mesures. Puisqu’elles seront là demain lorsque nous n’y serons plus, c’est qu’elles empiètent sur ce que nous nommons l’avenir et donnent un vague sentiment de fixité, de permanence (...)


Journal (1942-1945) Dimanche 21 novembre 1943

Quand je regarde un visage ou des plis d’étoffe, je les dessine de tête, sans une faute. Je trouve l’enchaînement des lignes. Mais hélas, il n’en est plus de même lorsque je dessine sur le papier. Sur le papier, qu’on écrive ou qu’on dessine, on a que la moitié de son talent, c’est un supplice. Du reste, je deviens de plus en plus craintif dans le travail. Jadis je me jetais la tête la première. Je n’avais peur de rien.

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