Histoire de lettres, Un télégramme... posthume
édition du 7 février 2001
Le 20 février 1951, François Mauriac reçut un bien curieux télégramme : "Enfer n’existe pas. Tu peux te dissiper. Signé : André Gide". Gide, dont l’oeuvre, l’influence et la personnalité dominaient le monde des lettres françaises depuis un demi-siècle, s’était éteint la veille au 1 bis de la rue Vanneau, à Paris.On sait combien les romans de Mauriac sont marqués à la fois par une foi catholique sincère et par le sentiment que "l’enfer commence sur terre", pour reprendre une expression qu’il utilisa face à Julien Green. Dans ses conditions, le canular, car s’en était évidemment un, prenait tout un certain sel... Mais qui en était l’auteur ? Voilà qui reste un peu mystérieux. On l’attribue assez souvent à Jean-Paul Sartre, mais est-ce vraisemblable ? Le philosophe n’avait guère d’affinités avec Mauriac, et n’est pas non plus réputé pour son humour. La candidature de Roger Nimier paraît plus vraisemblable. Jeune, provocateur, mystificateur, amoureux du canular, enfin catholique comme Mauriac, Nimier avait toute les qualités pour se livrer à une plaisanterie au fond d’un goût douteux. Etrange conclusion, en tout cas, à la véritable correspondance entretenue de 1912 à 1950 entre Gide et Mauriac... S.J.